LIVRES par Iac
Philippe Lombard
LES AVENTURES DE BUD SPENCER ET TERENCE HILL
PULSE EDITIONS
Dans l’ambiance des Trente Glorieuses comme beaucoup d’ados dans le sillage des parents, je suivais les miens qui faisaient du camping en Italie. En 1966 à la Spezia, un cinéma en plein air ne passait que des Westerns, changeant de programme tous les deux jours ! Déjà dingo de films de cow-boys, je découvrais alors un genre dans le genre venant d’éclore, stupéfait par le rythme et peut-être encore plus par le bruitage des coups de feu omniprésents. J’ai donc fait ma cure comme on fait sa cour, d’abord timide puis avec plus d’assiduité une fois revenu en France, pour le meilleur et, parfois aussi, le pire.
Deux jeunots s’étaient croisés dans les années 50, en compétiteurs de natation : Carlo Pedersoli dit Bud Spencer, ferait vraiment connaissance en 1967 d’un certain Mario Girotti qui deviendra Terence Hill, pour un premier film tout à fait sérieux : « Dieu pardonne… moi pas » du remarquable Giuseppe Colizzi, suivi par « les 4 de l’Ave Maria » l’année suivante (mon préféré), avant « la Colline des bottes » en 1969. « On l’appelle Trinita » de Enzo Barboni, ne survient qu’en 1970, marquant dans sa poésie de l’improbable un quasi chant du cygne du Spaghetti Western.
Sur une trentaine d’années, Bud et Terence tourneront dix sept titres ensemble, dans une alchimie secrète pour d’innombrables variantes entre films de flic ou d’aventure.
Clignotant comme un matin de Noël, ce livre magnifique et émouvant raconte leur histoire, et aussi un peu la nôtre, l’amour d’un cinéma populaire reflet d’une époque, autour de réalisateurs aventureux autant que transgressifs.
Aussi riche qu’un compte en banque suisse pour sa luxuriante iconographie, un voyage d’une irrésistible vivacité, performance d’un passionné publiée par un autre exalté. Et ça nous fait du bien !
Bud est parti en 2016 laissant son ami poursuivre sa route, mais Trinita et Bambino chevauchent ensemble dans la légende…
Siddarth Kara
LE ZORG
EDITIONS PAULSEN
En 1781 dans le Golfe de Guinée, le navire Zorg venu de Hollande, quitte l’Afrique pour la Jamaïque. C’est un bateau négrier emmenant quatre cent quarante-deux esclaves, mais une série d’incidents entre erreurs de navigation, manque de vivres et d’eau, incite le capitaine Collingwood à prendre la décision de jeter quarante six d’entre eux à la mer au motif d'assurer la survie des autres, espérant empocher sur les esclaves tués, l'assurance contre les avaries, au lieu de perdre de l'argent sur des esclaves morts de soif ou de maladie en mer.
Entre-temps le bateau, intercepté en mer, est passé sous contrôlé britannique, le conflit avec les insurgents américains sur le point de se déclencher.
Au port de Black River en Jamaïque, le capitaine fait une demande aux assureurs afin d'obtenir la compensation du déficit.
Une assurance prévoyait que pour les esclaves morts à terre, les propriétaires du bateau n'avaient aucune indemnité tout comme si les esclaves périssaient de « mort naturelle » en mer. Mais si des esclaves étaient jetés par-dessus bord afin de sauver le reste de la cargaison, alors une demande pouvait être faite aux assureurs au nom de l'avarie commune, l'assurance couvrant la perte à 30 livres par tête (3800 d’aujourd’hui).
Face au refus s’ensuit un procès où l’on déclare que dans certaines circonstances, tuer des esclaves de manière délibérée était légal et que les assureurs pourraient devoir rembourser les pertes. Mais William Murray, juge représentant du roi, rend un jugement contraire, du fait d’éléments suggérant que le capitaine et son équipage étaient en faute.
C’est un esclave affranchi, Olaudah Equiano, qui apporte ces informations à l'activiste anti-esclavagiste Granville Sharp, qui essaie sans succès de poursuivre pour meurtre.
Dans un second procès en Grande Bretagne, en 1783 les armateurs de Liverpool opposés aux propriétaire du navire, réclament réparation.
La Société pour l’abolition de la traite négrière (Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade) naîtra en 1787. L'année suivante le commerce est régulé, limitant le nombre d'esclaves par bateau. En 1791, le parlement interdit aux compagnies d'assurance de rembourser les propriétaires, dans le cas où les esclaves étaient jetés par-dessus bord.
Une tragédie qui aura des répercussions en Grande-Bretagne, faisant de la cause abolitionniste le cœur du débat politique de l’époque, la traite proscrite en 1807 et l’esclavage aux colonies en 1833, mais avec encore plus de prolongement aux Etats-Unis.
A ma connaissance pour la première fois traduit en français, l’auteur s’appuyant sur des archives, relate avec une grande aisance de style entre documentaire et roman, cette histoire oubliée.
Lance Weller
AVALANCHE
EDITIONS GALLMEISTER
En 1890, une équipe de reconnaissance explore pour la Great Northwestern Railway Company, la faisabilité de la voie ferrée dans une zone montagneuse de l'Ouest américain.
Deux tombes les intriguent et surtout un enfant seul, Jack, ramené dans la ville à peine née de Forsaken Heights. Ce que chacun ignore est que l’enfant est porteur de la diphtérie, à l’origine d’une épidémie tragique.
Jack reviendra bien des années plus tard pour l’enterrement de son père adoptif, Will, membre de l’expédition, faisant la connaissance dans le train de Clara venue s’occuper de sa tante et son oncle, ancien officier qui a perdu les deux bras à la guerre.
Mais le retour de Jack ne sera pas vu d'un bon œil, jugé responsable des événements du passé, ravivant la rancœur dans les mémoires.
Quelques baraques, des tentes, des bars mal famés et un magasin général composent une ville encore marquée. La violence, l’alcool et les fantômes de la guerre. L’hiver qui approche et la crainte permanente des avalanches.
De nombreux personnages secondaires pour un roman exigeant, et les fantômes de Chattanooga dont le souvenir prend des couleurs de tragédie grecque.
« Une histoire d'amour avec de la neige, des glaciers, des trains, des cowboys et de la violence, une petite apocalypse frontalière en toile de fond », selon son auteur.
Chester Nez
CODE NAVAJO
EDITIONS LES BELLES LETTRES
Vous vous souvenez sûrement du film de John Woo de 2007 « Windtalkers : les messagers du vent » avec Nicolas Cage et Adam Beach. L’histoire de ces Marines navajos utilisant leur langue maternelle pour coder des messages radio, indéchiffrables pour les Japonais pendant la guerre du Pacifique.
C’est à partir de 1942 que quatre cent vingt d’entre eux seront formés au bataillon de transmissions de campagne, du centre d'entraînement de Camp Pendleton. le respect des mesures de sécurité interdisait l'utilisation de documents imprimés, et les vingt neuf premiers devront apprendre tous les mots mais aussi en créer pour les termes militaires inexistants dans leur langue, pour être ensuite affectés aux divisions de combat des Marines.
Leur existence et leur travail seront gardés secrets, les documents déclassifiés en 1968.
Chester Nez (1921-2014) a coécrit avec Judith Avila en 2011 : « Code Talker : The First and Only Memoir By One of the Original Navajo Code Talkers of WWII ». Pas simplement des mémoires de guerre, mais aussi la jeunesse dans une famille d’éleveurs de moutons, près des Fours Corners, damier au croisement de l’Utah, Arizona, Nouveau Mexique et Colorado. Les souvenirs des anciens et les mauvais traitements dans les pensionnats où l’on veut, comme par ironie, l’extirper de sa culture. Il ment sur son âge, s’engage dans l’armée en 1942, assigné à la 382° Section participant à toutes les batailles de Guadalcanal à Peleliu.
Le 26 juillet 2001, avec quatre autres code talkers encore en vie, il reçoit la Médaille d'or du Congrès des mains du président George W. Bush qui évoque « un peuple ancien appelé à servir dans une guerre moderne ». Quand Chester est parti, il était le dernier des vingt neuf.
A la fin de l’ouvrage, le dictionnaire des code talkers navajos. Emouvant car il vient de loin dans la mémoire des hommes, et difficile aussi pour cette langue aux mille subtilités. Moi je ne sais dire que bonjour... Ya'at'eeh !!!
Catherine König Pralong
LA CONQUÊTE SAVANTE
EDITIONS FLAMMARION
A la croisée du capitalisme et de son impérialisme, les Etats-Unis sont ici mis en avant dans une approche de l’émergence, plus discrète, des sciences humaines nées parmi les conflits moraux, philosophiques ou religieux.
Paradoxalement les Américains ont toutefois pris rapidement conscience de la fragilité de leurs paysages, de ce qu’il convenait de protéger à défaut des premiers habitants. La création par le Congrès du Smithsonian Institute en 1846 à Washington, sous la présidence de James Polk soit quinze ans avant la Guerre entre les Etats, comprenant 21 musées et autant de bibliothèques, est en soi remarquable.
A partir du Congrès des Arts et de la Science en 1904 à St Louis,
l’ouvrage développe également l’influence italienne, l’assimilation aussi des concepts de la vieille Europe en dépit de la doctrine Monroe, des personnages tels que Charlotte Lynch, Alexander Eastman, Orlando Williams Wright, John Napoleon Brinton Hewitt, William Edward Burghardt Du Bois dit W. E. B. Du Bois, Franz Boas, et beaucoup d’autres dans un ouvrage impossible à résumer, de par un foisonnement qui marquera par sa qualité.
Bien au delà de la conquête de l’Ouest, l’auteure nous offre une lecture passionnante restituant la perception d’intellectuels, sociologues, scientifiques et philosophes, dont on parle rarement quand on évoque le pays, excepté sans doute les fervents d’ethnologie.
A point nommé pour le semiquincentenaire de l’Amérique, déjà sur la liste des dix livres que j’emmènerais sur une île déserte.
Ariel Lawhon
LA SAGE-FEMME ET LA RIVIERE
EDITIONS HARPER COLLINS
En novembre 1789, à Hallowell, petit village du Maine, Martha Ballard est une sage-femme connue et respectée dans toute la région. Quand le corps d’un homme est retrouvé sous la glace de la rivière Kennebec, ce n’est pas un inconnu, puisque Joshua Burgess a été accusé d'un viol quelques mois plus tôt. Commence alors une enquête, puisque Martha doit déterminer la cause du décès, dénouant des fils, elle qui connaît tous les secrets.
Une page historique, Martha Moose Ballard (1735-1812) étant un personnage réel. Un journal intime de 1400 pages tenu pendant trente ans, a permis de retracer son parcours ainsi que la description des communautés issues de la vieille Europe : France, Allemagne, Angleterre, Ecosse… une poignée d’années après la déclaration d’Indépendance. La peinture d’une femme exerçant un métier, soutenue par son mari Ephraïm malgré leurs six enfants. C’est son expérience de pionnière coloniale sans aucune formation médicale, qui l’incite à agir et à cette époque la sage-femme avait également un statut juridique qui peut surprendre.
Ancien poste de traite, Hallowell nommé aujourd’hui Augusta et capitale du Maine depuis 1827, a érigé en 2023 la maquette, projet d’un mémorial en son honneur, près de l’endroit où elle vivait…
La rivière régule au fil des saisons la vie de la communauté, une renarde argentée comme messagère dans la fluidité d’un roman plein de vigueur et de souffle.
Témoignage d'une lectrice : "... Et puis j'avoue qu'il n'est pas mal fait ce site et même si je préfère, comme vous, le papier, votre rubrique "sonne bien" et sympa le petit mot concernant votre fidélité au journal.
Vos présentations personnalisées des différents livres, Bd et DVDs sont toujours très bien ficelées avec le petit plus qui témoigne du ressenti d'un humain, non d'un robot ou de l'IA et aussi de l'intérêt de replacer ces films dans les contextes historiques de l'époque, ce qui offre une autre vision de ces vieux Westerns. Je suppose que vous avez participé aux livrets avec votre Pote J.F.G...."
Mathilde de Lagausie
WALTER COBB
Nos chemins d’or et de poussière
EDITIONS DU ROUERGUE
Au début du XX° siècle, Sam Carson un journalier en colère contre la vie, rencontre Walter Cobb, un géant dont la bonté d’âme n’égale que la force. Sam et Big Boy, ce dernier provoquant des événements inexpliqués, se complètent à travers leurs personnalités et deviennent inséparables. ils sauvent de ses agresseurs, une jeune fille noire, Mercy, composant un trio sur une route d'embûches semée de violence mais aussi de solidarité, pour ceux qui cherchent du travail dans l’Amérique rurale. Et on espère toujours un lendemain qui chante.
Sam Carson, Walter Cobb et Mercy, personnages attachants qui font penser à « Des souris et des hommes » (1937) de Steinbeck mais aussi au film « la Ligne verte » (1999) de Frank Darabont.
Callan Wink
LES BRACONNIERS
EDITIONS ALBIN MICHEL
Le père est mort, la mère est quelque part et près du Yellowstone, deux frères Thad et Hazen, vivent dans la cabane bâtie par les grands-parents disparus. Arrivés presque à la trentaine, ils paient les factures grâce au braconnage d’ours, et la vésicule biliaire réputée pour des vertus curatives, bravant les lois du pays pour le compte de l’Ecossais, un colosse qui vit avec sa fille dont on ignore le nom. A la suite de leur dernière transaction, il leur offre une fortune pour des bois de wapiti, mais il faut cette fois pénétrer à l’intérieur du parc et c’est un crime fédéral.
Guide de pêche à la mouche au Montana, l’auteur, après « Courir au clair de lune avec un chien volé » et « August », dans son style clair et sobre, explore le passage vers l’âge adulte ponctué d’images, parfois féroces, restituant odeurs, couleurs venus d’ailleurs et paysages faisant revivre l’Ouest et la nature sauvage.
Gertrude Chandler Warner
LES ENFANTS BOXCAR
Le cabanon mystérieux (à partir de 9 ans)
EDITIONS NOVEL
Henry, Jessie, Violette et Benny orphelins vivant de multiples aventures, ont la surprise d’apprendre que leur grand-père veut racheter la ferme de leur enfance, tandis que tante Jane vient s’installer près d’eux. Mais un mystère qui pourrait bien remonter à la guerre d’Indépendance pourrait refaire parler de lui.
Roman américain paru en 1962, faisant partie d’une série pour la jeunesse qui a débuté en 1942, dont ce septième volume illustré par Marlène Merveilleux, s’inscrit plus particulièrement dans notre thématique.
Lauriane Bordenave
DONUT GIRL
EDITIONS LES ESCALES
1942. La Croix Rouge américaine à l’idée de soutenir le moral des soldats, créant les clubmobiles et un groupe de femmes distribuant des donuts aux gars loin de chez eux.
A travers l’histoire de Jane, c’est celle de toutes ces oubliées qui nous est contée.
Des photos Life très touchantes, et si elle ne tenaient pas de fusil, certaines sont tombées.
Benjamin Madley
UN GENOCIDE AMERICAIN
EDITIONS ALBIN MICHEL
La guerre des Modocs et de Kintpuash (capitaine Jack) de 1872 ne durera qu’une année, représentant l’épilogue, et l’un des aspects, des conséquences de la ruée vers l’or pour les Indiens de Californie, dont le nombre se réduit entre 1846 et 1873 de 150.000 à 30.000.
L’examen vivant et rigoureux de ces actions, qu’une remarquable écriture fait revivre, restitue des événements dans un travail in mémoriam du destin des premiers hommes d’Amérique du Nord.